HISTORIQUE
MESMER et le MAGNETISME ANIMAL
L’hypnose prend ses racines dans le magnétisme animal, découvert par un médecin viennois Anton Mesmer (1733-1815) à la fin du XVIIIem siècle en Autriche.
Mesmer s’intéressait aux travaux du Père Hell qui soignait ses patients par l’application d’aimants sur la peau. Mesmer pensait qu’il pourrait obtenir les mêmes résultats avec son corps qui pourrait se comporter comme une sorte de condensateur qui accumulerait l’énergie en circulation dans l’espace. Cette énergie mise en mouvement par la volonté de Mesmer en direction d’un patient permettrait par son passage dans le corps de celui-ci de restaurer sa santé au moyen d’une crise salutaire. C’est ainsi qu’il procéda auprès de l’une de ses patientes appelées Mlle PARADIS, souffrant de cécité hystérique. Sa guérison entraîna la perte des bénéfices secondaires pour sa famille(rente) qui le traita de charlatan et le fit chasser d’Autriche.
Mesmer décida alors de s’exiler vers la France : Pays des Lumières et des idées nouvelles ; Très vite il atteignit une renommée importante ce qui lui permit d’ouvrir un cabinet sur la prestigieuse Place Vendôme. Avec le succès Mesmer modifia sa technique : Il conçut son fameux baquet qui lui permit de traiter un plus grand nombre de patients simultanément : Un tonneau de bois dans lequel étaient disposées des bouteilles remplies d’eau reliées à des tiges de métal qui passaient à travers le couvercle. Ces tiges mobiles étaient appliquées sur les parties malades tandis que les patients formaient une chaîne humaine autour de ce baquet et pour en renforcer les effets les patients s'attachaient entre eux par des cordes afin que le fluide animal circule harmonieusement. Tout était réuni pour frapper les esprits et favoriser l’apparition des crises nécessaires selon lui à la guérison, et comme c’était souvent le cas, les jeunes femmes qui éprouvaient de si fortes émotions étaient conduites dans un salon capitonné ou, sans risque, ni danger, les crises pouvaient développer toute l’amplitude attendue. Pour Mesmer, La compréhension des maladies de se résumait à un dérangement du bon ordre de la nature et le rétablissement de la santé passait par une remise en harmonie par l’intervention du fluide animal, son passage occasionnant la crise qui elle-même signait la guérison ou en tout cas le soulagement. Le traitement bien sur pouvait nécessiter plusieurs séances.
Dans sa pratique Mesmer n’impose pas sa volonté et ne fait aucune suggestion verbale directe, il prétend posséder un secret pour capter et distribuer cette énergie cosmique. Sa connaissance se limite à une appréhension du phénomène et rien d’autre.
Mais Mesmer était orgueilleux et voulait être reconnu comme un bienfaiteur de l’humanité. Ainsi il n’avait de cesse que de vouloir faire apprécier son travail par les académies de médecine et des sciences..
Et en 1784 LOUIX XVI nommait deux commissions chargées d’examiner l’existence de ce fameux fluide animal.
Ces commissions qui comportaient d’éminents savants tels que Lavoisier, Benjamin Franklin, Jussieu et le docteur Guillotin arrivèrent à la conclusion de l’inexistence du fluide animal et au constat que les guérisons des patients n’étaient dues qu’à leur imagination. La publication de ces rapports sonna le glas de la carrière parisienne de Mesmer et le conduisirent à un nouvel exil sur les bords du Lac de Constance. Les autorités de l’époque ainsi que les défenseurs du magnétisme animal ne s’arrêtèrent qu’a la première conclusion qui fut à l’origine de la condamnation et de l’interdiction du magnétisme par les médecins.
Un autre rapport confidentiel rédigé par Bailly et adressé au roi décrivait en quoi la pratique du magnétisme pouvait être nuisible aux bonnes mœurs. En effet la proximité d’un homme d’age mur et d’une jeune femme impressionnable ne pouvait que favoriser des rapprochements que la bienséance ne peut qualifier de thérapeutique et c’est par vertu qu’il fallait écarter le magnétisme de ces tentations.
Cependant loin de toute cette agitation parisienne un autre élève de Mesmer travaillait en province : Le marquis de PUYSEGUR (1751-1825). Puységur n’était pas médecin mais artilleur et soignait les paysans de ses domaines. Il avait remplacé le baquet par un orme dont les branches étaient munies de cordes pour former la chaîne de circulation du fluide. Il pratiquait ainsi des séances collectives. Puységur écrivait en 1784 que le résultat des futurs magnétiseurs dépendait du travail qu’ils auraient fait sur eux-mêmes.
Puységur magnétisait également en séances individuelles et au cours d’une séance un changement important se produisit : son patient nommé Victor souffrait de troubles pulmonaires depuis plusieurs jours. Après quelques minutes de magnétisation, au lieu de présenter une crise comme à l’ordinaire, Victor au contraire s’apaisa et s’endormit d’un sommeil d’un type particulier. Au cours de ce sommeil, Victor pouvait parler, répondre aux questions. Puységur venait de découvrir fortuitement le somnambulisme artificiel. Et c’est une découverte importante : Le patient dans cette situation est autonome, il agit par lui-même et semble doué de connaissances que son état de conscience habituel ne lui permet pas d’apprécier. Il peut porter un diagnostic sur sa maladie, en prescrire le traitement et en prévoir l’évolution : Ainsi le magnétiseur aide le sujet à parvenir à cet état privilégié dans lequel des possibilités nouvelles apparaissent. L’action prend son origine chez le patient, le thérapeute qui n’est là que pour créer les conditions favorables à sa mise en route se trouve placé dans une position ‘basse’. Cependant Puységur prête foi aux allégations de Victor et cette séance introduira les notions douteuses de clairvoyance et de prévision et qui nourrira la polémique.
Au début de ce XIX siècle une autre approche voit le jour : Celle de la suggestion : L’Abbé Faria(1756-1819) en effet ne croit pas à la théorie du fluide animal mais pense au contraire que les résultats proviennent de la mise en place et de ce qu’attend le patient. Après avoir choisi les sujets qui lui paraissent favorables il leur enjoint de fermer les yeux et de concentrer leur attention sur l'idée’ de sommeil, et après un temps variable la suggestion : DORMEZ : est donnée, de la même façon pour terminer la séance la suggestion : REVEILLEZ-VOUS : est donnée. Il s’oppose ainsi aux tenants du magnétisme animal en estimant que le sommeil magnétique n’est pas autre chose qu’un état de concentration.
Il indique également que les facultés du patient se développent avec la répétition des séances.
De Faria décrit les premières suggestions post-hypnotiques, utilise le placebo et décrit les premiers effets de l’anesthésie hypnotique.
Son exemple technique sera suivi en 1843 par James BRAID chirurgien anglais
Une anecdote : En 1820 un autre auteur : Henin de Cuvilliers crée des néologismes à partir de racines grecques et invente les mots d’hypnotisme et hypnotiseur termes repris plus tard par BRAID
D’autres expériences vont être pratiquées par DUPOTET(1796-1881)ou RECAMIER : Analgésie à la brûlure, à, la piqûre, etc.
A la suite des expériences de DUPOTET, l’ACADEMIE ROYALE DE MEDECINE s’intéresse à nouveau au magnétisme animal et nomme en 1826 une nouvelle commission chargée d’examiner les faits nouveaux qui sont portés à sa connaissance. Après 5ans de travail le rapport favorable présenté par HUSSON est rendu public, mais sans pour autant être adopté par l’Académie
Une autre commission est nommée en 1837 Celle-ci a pour membre CLOQUET qui a pratiqué en 1829 sans douleur l’amputation d’un sein atteint par une tumeur cancéreuse, mais cela sera insuffisant pour modifier favorablement l’opinion de la commission vis à vis du magnétisme animal.
Le magnétisme animal connaît alors une éclipse en France. Cependant Dupotet et Lafontaine (1803-1892)continuent leur croisade à l’étranger. Ainsi Lafontaine arrive es 1841 en Angleterre et multiplie les démonstrations. A l’une d’elles assiste un chirurgien de MANCHESTER : James BRAID (1795-1860) qui modifie la technique de Lafontaine : Pour lui tout se résume à la fixation oculaire d’un objet brillant à quelques centimètres du visage et monoïdéisme focalisé sur le sommeil. BRAID rejette l’existence du fluide et la notion de volonté de la part du magnétiseur. Il décrit cette technique comme essentiellement physique et cognitivo-comportementale et baptise ce fonctionnement d’un nouveau nom : hypnotisme.
Ces expériences d’anesthésie vont faire des émules : James ESDAILE commence en 1845 sa carrière de chirurgien magnétiseur à l’hôpital du pénitencier de Calcutta. Son patient devait être opéré d’un double hydrocèle. Le sommeil magnétique obtenu après une préparation de3/4h l’opération se déroula sans douleur. Ses succès lui valurent de créer et diriger l’hôpital mesmérique de Calcutta. Il réalisa ainsi 261 opérations majeures. Elles coïncidèrent malheureusement avec l’utilisation du protoxyde d’azote, de l’éther et du chloroforme plus facile à manier.
En France toutes ces expériences attirèrent l’attention du docteur AZZAM(1822-1899) Mais les déboires de CLOQUET le rendirent prudent. Devenu professeur de clinique chirurgicale il retrouva BROCA ancien condisciple et lui confia ses observations au sujet de l’hypnotisme. Broca opéra à l’hôpital Necker Mme Plantain d’un cancer du sein douloureux sans que la patiente en ait conscience. VELPEAU convaincu fait dés le lendemain le 5 décembre 1859,une communication à l’Institut qui aura un retentissement énorme. Cependant le manque de pratique pour renouveler leurs expériences contribua à faire retomber l’enthousiasme. Broca préféra y renoncer au profit d’une carrière plus brillante à la Faculté.
Dés lors une période de latence commença : Azzam allait diriger ses travaux vers l’étude de l’hystérie. Durand de Gros développe ses propres recherches.
Pendant ce temps un médecin de campagne en Lorraine : LIEBEAULT se met à pratiquer avec succès. Fort de son expérience qu’il veut faire connaître à ses collègues de faculté, il se rend à Nancy.Ceux-ci le traitent de charlatan. ; Furieux il s’établit comme guérisseur.
Ses guérisons attirent l’attention d’un professeur : Le docteur BERNHEIM. Il s’initia au prés de Liébeault et l’introduisit à l’hôpital. L’Ecole de Nancy allait défendre l’idée que l’hypnose est une manifestation physiologique, un état normal du corps humain Cette conception est à l’opposé de celle présentée par CHARCOT (1825-1893) à la tête de l’école de LA SALPETRIERE. Il est le neurologue le plus célèbre du monde. Sa célèbre communication sur : Les divers états nerveux déterminés par l’hypnotisation chez les hystériques : va permettre à l’hypnose d’être reconnue dans les instances officielles.
Cependant Charcot était convaincu de la nature organique des phénomènes hypnotiques et par ailleurs il n’a jamais hypnotisé une de ses patientes laissant ce soin à ses assistants : Gilles de la Tourette ou Babinski. D’autre part. Charcot souhaitait mettre à jour la réalité hystérique de l’hypnose, sombrant dans le spectaculaire : La leçon du mardi ( immortalisée par le célèbre tableau de Brouillet ) Par son attitude Charcot contribua au déclin de l’hypnose.
Le 1er Congrès International de l’hypnotisme en 1889 établit la validité des thèses de l’Ecole de Nancy : L’hypnose est un état normal utile au soulagement des patients.
Le rayonnement de l’Ecole de Nancy s’exercera principalement à l’étranger : Freud étudiera d’abord chez Charcot puis à Nancy. Freud commença à pratiquer l’hypnose, mais il était un mauvais hypnotiseur. Il abandonna son usage pour développer ses découvertes concernant l’inconscient.
Le deuxième Congrès international de l’hypnotisme expérimental et thérapeutique aura lieu à Paris en 19oo. Celui ci confirme les conclusions du 1 er mais l’hypnose est dans le creux de la vague. Pierre Janet continue ses travaux sur l’hypnose.
En France : Emile COUE, pharmacien, initié par Liébeault invente une méthode d’autosuggestion consciente dans laquelle la volonté doit prendre le pas sur l’imagination. Ce processus se résume à répéter sans même avoir besoin d’y croire, la phrase suivante : Tous les jours, à tout point de vue je vais de mieux en mieux.
L’hypnose est à nouveau reconnue en 1965 par la tenue à Paris du 3 em Congrès International d’Hypnose qui a été ouvert par le Docteur CHERTOK. En 1900 naît Milton H. Erickson (1900-1980 ). Il commença à appliquer l’hypnose selon les procédés du XIX em siècle mais s’aperçut très rapidement de ses limites. Pour Erickson l’état d’hypnose est avant tout un phénomène naturel et banal. Les réponses hypnotiques ne sont pas imposées de l’extérieur. Par contre tout ce qui peut apparaître pendant l’hypnose existe à l’état latent chez le sujet. Il en est de même pour les réponses thérapeutiques qui ne sont pas imposées ou programmées par le thérapeute, car le sujet possède déjà en lui-même les possibilités de résoudre ses difficultés, et les solutions qu’il trouvera seront les siennes. Toutefois le sujet ne connaît rien de ses propres possibilités. Erickson était dyslexique, daltonien, et sourd aux rythmes et à l’age de 17 ans il aura une première attaque de poliomyélite. Ces différends handicaps ne l’empêcheront pas de faire des études brillantes ( professeur de Psychiatrie ), mais au contraire il en tirera des conclusions :
- Elle facilite des intuitions brillantes et sert ainsi le changement.
- On n’a pas besoin de comprendre pourquoi on est malade pour guérir.
Pour Erickson l’état hypnotique n’est pas un état modifié de la conscience mais un processus dynamique interactif en constante évolution au gré de la communication.
JC. Espinosa






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