La 95-ème chronique du Dr Bruno Blaisse.

 

 

 

 

HYPNOSIUM

La chronique du Dr Bruno Blaisse – été 2026

PREAMBULE :

Vous trouverez en pièce jointe le « Mode d’emploi » (qui explique l’esprit de chaque rubrique et la façon de les utiliser au mieux), le dossier « Qui est-ce ? » (Pour mieux identifier les auteurs ou intervenants cités) et le dossier « Lexique » (pour mieux définir certains termes employés). Quand un terme ou un.e auteur.e est référencé cela est signalé par le signe *.

Quand des articles cités sont en anglais le plus souvent Google propose une possibilité de traduction automatique, il suffit de faire un clic droit sur le texte puis de sélectionner l’option « traduire en français » (et de rester méfiant car les fautes de traduction ne sont pas rares).

Ces dossiers sont très incomplets et sans prétention car je les renseigne au fur et à mesure de mes lectures, n’y voyez aucun parti-pris…

EDITORIAL :

Ce mois-ci j’ai remarqué plusieurs articles sur la colère et la violence dont particulièrement celui de Ryan Martin* dans Open mind ; la zoothérapie* est aussi très tendance !

J’ai particulièrement apprécié le numéro de Cerveau et psycho avec les articles sur la délicate question du choix de sa psychothérapie*… et celui de Delphine Oudiette* sur le sommeil (que vous pouvez aussi retrouver en podcast).

A retenir également l’article de Sciences Humaines sur l’anorexie*, celui de Rebelle santé sur le sevrage tabagique et celui de Top santé sur la préparation des enfants aux soins.

Evidemment je serais bien ingrat de ne pas signaler le nouveau numéro de la revue Hypnose & Thérapies Brèves qui me fait l’honneur de publier un de mes articles, mais vous savez depuis longtemps tout le bien que je pense de cette revue !

Bonne lecture et bonnes vacances, dès que vous pourrez en prendre…

DANS LES KIOSQUES :

    • « Nos rêves nous ressemblent ». Nos rêves sont façonnés par qui nous sommes et ce que nous vivons.
    • « A deux, c’est mieux ! » La vie en couple permet d’éprouver plus d’émotions positives…
    • « Baby blues des pères, un mal sous-estimé ». Surtout un an après l’accouchement, avec un rôle important des difficultés de communication avec la mère et du manque de sommeil.
    • « Qui sème le vent récolte la tempête ». J’ignorais le sens premier (biblique) de cette expression.
    • « Secrets de famille » :
      • « Ce qui es tu tue ». L’éditorial d’Héloïse Lhérété* présente bien le problème entre devoir de transparence et droit à l’intimité : « Ce n’est pas, en soi, le secret qui détruit. C’est l’absence de considération, la douleur non reconnue, l’indifférenciation morale entre victimes et agresseurs » mais « La parole, comme le silence, peut être aussi bien remède que poison. Elle ne soigne pas nécessairement. Son mérite est ailleurs : parler permet de dire « je » en sujet souverain, là où le secret avait imposé sa domination. »
      •  « Familles, le berceau du non-dit ». Ce qui constitue le secret n’est pas la chose en soi, mais le savoir de la chose et ce qui est tu dans une famille porte toujours la marque d’un contexte moral, historique, social (par exemple l’homosexualité) ; la liste de ce que les familles taisent constitue une cartographie des tensions sociales d’une époque.
      • « Pourquoi les secrets sont-ils des secrets ? » Courte comparaison entre l’approche systémique*, psychanalytique* et sociologique.
      • « Le secret ne se transmet pas, mais la douleur qu’il provoque, oui ». Cet entretien avec Serge Tisseron* est central et passionnant. Il explique que « Le secret devient problématique à partir du moment où il pèse parce qu’on s’interroge sur sa légitimité » mais surtout qu’il n’y a pas de transmission télépathique entre l’adulte et l’enfant… le secret « suinte », il est transmis à l’enfant par le corps de l’adulte à travers l’imitation motrice (mimiques), l’imitation émotionnelle (association mimique et émotion) et l’attention conjointe (comprendre ce qui intéresse/perturbe l’adulte).  « Un enfant comprend toujours qu’on lui cache quelque chose, mais il n’a pas les moyens de comprendre de quoi il s’agit…… Et les histoires que l’enfant se construit pour trouver des explications sont souvent plus dramatiques que la réalité. » Il considère donc qu’« Une mère ayant un lourd secret doit commencer à en parler à son bébé dès qu’elle est enceinte. »
      • « Enfin, on se parle vraiment » Le témoignage d’une mère et de sa fille, confrontées au viol intrafamilial.
      • « L’inceste : tous complices ? » Les récits d’inceste montrent que le mutisme général s’imbrique à un contexte familial où s’entrelacent des sentiments de peur et de honte, mais aussi d’admiration et d’affection : « Comprendre la puissance de l’injonction au silence est essentiel. C’est un élément central à l’efficacité redoutable » souligne Dorothée Dussy*qui explique aussi qu’« En France, on accorde une grande légitimité au travail intellectuel, or l’anthropologie a mis l’accent sur des situations théoriques et recouvert d’un voile les expériences vécues dans les familles ». Quant au complexe d’Œdipe, la psychanalyste Mary Balmary* pense que : « Peut-être est-ce le moment de dire que la psychanalyse qui a apporté au monde la précieuse découverte de l’inconscient et de la cure par la parole, a pu en même temps ouvrir la porte au déni d’une perversion ».
      • « L’ombre de la tare ». Frédérique Van Leuven* et Hervé Guillemain* présentent le cas des patient.e.s souffrant de troubles psychiatriques et les répercussions sur les familles.
      • Cherche parents désespérément. La filiation arrive en tête des secrets de famille et les tests génétiques ont révolutionné le problème mais ils ne garantissent ni contre les déceptions ni contre les rejets, et, comme le dit Agnès Martial*, la famille n’est pas une donnée naturelle, mais bien « une construction culturelle et sociale qui évolue au fil des époques et par conséquent des générations. » et « Les personnes en recherche ne veulent pas trouver des parents mais des informations. »
      • « Des traumas inscrits dans nos gènes ? » Article qui explique bien la portée très relative des récentes publications sur la transmission épigénétique* des traumas.
      • « Il faut accepter l’idée que votre grand-mère ait pu avoir des amants ». Elsa Ramos* rappelle que « Toute famille tient sur des non-dits, des silences » et donne des conseils pour sécuriser les recherches sur le passé de ses ascendants.
      • « Guerre d’Algérie, la mémoire trouée ». Un million et demi de jeunes français ont participé à cette guerre et bien peu en sont revenus sans séquelles… dont 25 000 morts ! L’article explique que le trait principal est le mutisme et en détaille les différents mécanismes dont la honte, sans oublier le cas doublement difficile des harkis.
      • « Pourquoi nos ancêtres nous hantent ». Cet article présent et analyse les aspects controversés de la psychogénéalogie*et ses dérives.

Au total :  Un excellent dossier sur les secrets de famille dont je vous conseille la lecture ; et particulièrement l’entretien avec Serge Tisseron*.

  • Science & Pseudo-sciences. Juillet 2026.
    • « Polarisation : quand la nuance devient suspecte ». Excellent éditorial qui dénonce justement une des grandes tendances actuelles.
    • « Cerveau : pour tenter d’en finir avec le neuromythe des 10 % ». Un mythe qui a la vie dure et sert encore à engraisser les gourous du développement personnel !
    • « Un bracelet qui réduit les douleurs de l’arthrose : vraiment ? » Deux études sans groupe témoin testant l’effet placebo*. Que font des médecins de CHU dans cette galère ?
    • « Médecines alternatives : sans preuves mais plébiscitées ». Un article qui détaille l’impact de ces médecines dans les différentes populations, qui met souvent en lumière les insuffisances du système de santé et le besoin d’écoute, d’autonomie et de personnalisation des soins, mais montre que le rejet de la médecine conventionnelle n’est pas le moteur principal de cet engouement.
    • « Faux souvenirs : le cannabis a-t-il un impact ? » Cet article de Brigitte Axelrad* rappelle les mécanismes de création des faux souvenirs* et les impacts psychiques du cannabis, mais s’intéresse surtout à deux études récentes qui montrent que « Le cannabis semble surtout abaisser le seuil à partir duquel une information incertaine est acceptée comme vraie ».
    • « La lutte contre les informations toxiques à l’ère numérique ». Un article qui montre les différents aspects du problème et propose des solutions raisonnables.

Au total : Toujours intéressant, mais pas d’article transcendant.

  • Psychologies. Août 2026.
    • « Marre de l’éco-anxiété ». Christophe André* propose, avec raison, de parler plutôt d’éco-conscience (et de réserver l’éco-anxiété aux pollueurs ?)
    • « Le syndrome de Florence ou la beauté sidérante ». Marine Colombel* parle de son expérience dans la cité Italienne du syndrome de Stendhal* et de la notion d’awe*.
    • « Un été pour retrouver la sérénité » :
      • Un dossier de 12 pages.
      • « Le sentiment de sécurité intérieure vient de l’extérieur ». Benjamin Levy* parle du tiers sécure*.
      • « 7 secrets des esprits sereins ». Les conseils de deux psychologues.
      • « 8 pistes pour calmer le corps ». Respiration, exercice, relaxation, sommeil, hypnose (présentée brièvement par Sylvie Le Pelletier Beaufond*).
    • « Victimes de violences sexuelles : parler, oui… mais après ? » Un article très intéressant sur un sujet peu traité, avec la participation de spécialistes qui dressent un tableau assez déprimant. Muriel Salmona* rappelle que « 22 % des français estiment toujours qu’il ne s’agit pas d’un viol si la victime ne crie pas et ne se débat pas » et que « Les victimes portent ce poids-là de devoir s’exposer pour qu’il n’y en ait pas d’autres, mais elles n’ont pas à faire ce travail seules car les conséquences sont bien trop lourdes pour leur santé ». Emmanuelle Guindon* elle souligne que « C’est souvent la victime qui se retrouve exclue, car il y a un désir très fort de continuer à faire famille malgré tout » et « Une personne victime ne sera pas forcément soutenante : si elle ne s’est pas sentie reconnue comme telle et a dû se débrouiller seule, elle ne sera pas en mesure d’accueillir une histoire similaire, même s’il s’agit de son propre enfant, car cela réactive chez elle des traumas trop insupportables. »
    • « Vivre avec un.e phobique ». Bon article qui détaille bien les mécanismes de ce comportement et la façon de le prendre en charge. Pour Boris Charpentier* : « Le rôle des proches n’est donc ni de brusquer, ni de surprotéger, mais de devenir des partenaires d’encouragement, de reconnaître la souffrance sans valider l’idée de menace. »
    • « Ce qui ne me tue pas me rend-il (vraiment) plus fort ? » Un excellent article qui analyse et critique les interprétations de la célèbre citation de Nietzsche* entre biais du survivant*, croissance post traumatique*, PTSD* et théories de Viktor Frankl*pour rappeler que la souffrance n’est pas automatiquement transformatrice, que la vraie force n’est jamais purement individuelle et qu’elle se construit toujours dans la relation.
    • « Je revis sous forme de flashs les violences de mon ex-mari ». Robert Neuburger* présente un cas de PTSD*.
    • « Quand le repos ne repose plus ». Nathalie Rapoport-Hubschman* explique que : « Ce n’est pas la quantité de travail qui épuise le plus, mais l’incapacité à s’en détacher mentalement » et préconise le deep rest* développé par Alexandra Crosswell*.
  • Vivre. Juin 2026. Gratuit dans les structures de santé.
    • « La médecine actuelle ne prend pas en compte toutes les dimensions du rétablissement. » Cynthia Fleury* explique l’importance de la prise en charge des patient.e.s en rémission confrontés à de nombreuses séquelles et difficultés alors qu’ils sont considérés « guéris » … et propose de passer d’une logique de guérison à une logique de capabilités pour restaurer le pouvoir d’agir et des conditions de vie dignes, grâce à un suivi structuré dit de survivorship*.
    • « Est-ce normal… de ne plus supporter les remarques bien intentionnées ? » Stéphane Joly* explique comment éviter d’être bienveillant, mais maladroit !

Au total :  Une revue gratuite bien utile, et en prime un dossier sur ces saletés d’aliments ultra transformés.

  • Le Monde diplomatique. Août 2026.
    • « Breaking Bad » en Europe centrale. » Les nouveaux circuits de la drogue ; mais surtout le constat d’un passage d’un usage « récréatif » à un usage « professionnel » pour supporter des conditions de travail épuisantes !
    • « Des chamanes pour réparer les gens ». 300 000 chamanes* en Corée du Sud, pour soigner l’irrationnel par l’irrationnel.

Au total : Pour découvrir les paradoxes du chamanisme 2.0. Anecdotique mais significatif.

NOTES DE LECTURE :

  • « Burn to be alive »Olivier Benarroche. OB1 Editions. (2025). 29.5 €. (400 pages).
    • Merci à Olivier Benarroche* de m’avoir adressé en service de presse cet ouvrage très complet !
    • Je ne vais pas me hasarder à résumer cet énorme ouvrage qui aborde tous les aspects de cette nouvelle pathologie des temps modernes et dont la prévention suppose souvent hélas la bonne volonté des managers…
    • Avec son style si particulier et dynamique (si vous cherchez des idées de métaphores vous allez être ravis) Olivier Benarroche* nous offre tous les outils pour comprendre les mécanismes du stress* et du burn out* et repérer les facteurs de risque, mais surtout vous propose d’apprendre à découvrir et utiliser vos ressources pour lutter contre.
    • Evidemment vous allez trouver énormément d’explications théoriques, mais elles seront toujours rapidement associées à des aspects très pratiques (questionnaires, tests, exercices, etc.) afin que cet ouvrage soit une référence autant scientifique que pratique.

Au total : Si vous vous intéressez au burn out*, procurez-vous ce livre.

AIRES D’AUTOROUTE, OCCASIONS ET TROUVAILLES CHEZ LE BOUQUINISTE :

  • « Voyagez dans le temps avec l’hypnose ». Camille Griselin. Ed Médicis. (2024). 10/17.9 €. (170 pages).  
    • Vu le titre je n’avais pas de grandes illusions…. Et mes recherches sur internet pour trouver des renseignements sur la formation de l’autrice n’ont rien donné… apparemment il s’agit d’une « thérapeute » auto-proclamée à l’origine d’une méthode nommée SAJECE.
    • Malgré un enrobage prudent pseudo-scientifique visant à rappeler que nos souvenirs peuvent être faux, voire dangereux tout y passe : souvenirs intra-utérins, vies antérieures, vies futures, vie des ancêtres, inconscient collectif…. De multiples témoignages sont sensés nous prouver la validité des dires à partir de coïncidences extraordinaires, etc.
    • J’ai résisté jusqu’à la page 37, cherchant quelque chose d’éventuellement utile, mais mêmes les scripts de séances sont à éviter !

Au total : Faites preuve de SAJECE : évitez ce livre et déconseillez-le. 

PARU, PAS LU :

ADDICTIONS :

COMMUNICATION :

DEUIL SOINS PALLIATIFS :   

DOULEUR :

GYNECO-OBSTETRIQUE :

MEDITATION :

PEDIATRIE EDUCATION :

PSYCHOLOGIE PSYCHIATRIE PHILOSOPHIE :

SCIENCES & NEUROSCIENCES :

SEXUALITE :

SOMMEIL :

THERAPIE :

TRAUMA PSYCHIQUE :

OUTILS :

TECHNOLOGIE :

VIE PROFESSIONNELLE :

CHEMINS DE TRAVERSE :

TURLUTUTU CHAPEAU POINTU :

VOCABULAIRE :

  • « Awe » : Emerveillement, crainte révérentielle. Terme utilisé par Dacher Keltner* pour décrire un mélange de crainte et d’admiration qui se manifeste quand on est exposé à quelque chose de plus grand que soi (par exemple la beauté de la nature ou l’art).
  • « Survivorship » ou « Survie » ou « Après cancer » : Expérience vécue par une personne touchée par une maladie grave, comme le cancer, du moment du diagnostic jusqu’à la fin de sa vie. Elle englobe le suivi médical, la gestion des effets secondaires à long terme et la qualité de vie.

CITATIONS :

« Nos souvenirs sont constructifs et reconstructifs. Ils fonctionnent un peu comme une page de Wikipédia : vous pouvez les changer mais d’autres le peuvent aussi ».

Elizabeth Loftus